Gazette n°3
 
entretien avec Gaëtan VIARIS DE LÉSÉGNO

 
Peut-tu nous expliquer en quelques mots ta démarche photographique ?
 
Elle a commencé à PARIS VIII, lorsque j'ai présenté un projet de maîtrise sur le rapport de la photographie et de la sculpture appréhendé d'après les textes de WOLFLIN. Je suis parti de sa réflexion théorique sur la prise de vue frontale dans la sculpture, en démontrant à contrario que la photographie permet de dégager une "multiplicité de point de vues".
Pour l'aspect pratique , le premier probleme, fut le choix de l'appareil. Apres réflexion,je me suis fixé sur un 6x6 car le format carré me semblait répondre le mieux à ce type d'investigation. Je suis attaché à cette figure équidistante du carré. Puisqu'il s'agissait d'une démonstration formelle d'une réflexion théorique, il fallait qu'elle soit formelle au niveau de la prise de vue et du cadrage.
Pour illustrer ce propos de la "multiplicité de points de vues", la première sculpture que j'ai retenu est le "Thésée et le Minautore" de Jules-Etienne Ramey du jardin des Tuileries (sculpture en ronde-bosse d'un groupe de combattant).
 
Et pour en venir à ton travail actuel sur la peinture?
 
J'ai appliqué la même méthodologie : celle de la multiplicité dse points de vue, qui répond à un concept de "plan-séquence cinématographique". Mais je voudrais soulever un problème : celui du cadre ; il ne s'agit plus ici de tourner autour de la sculpture (cadre virtuel), mais bien de pénétrer à l'intérieur de la peinture (cadre limite matérialisé).
Dans cette peinture classique à laquelle je m'interresse, il existe des codes visuels qui sont inscrits, sinon dissimulés à l'interieur de l'oeuvre. La saisie photographique fait ainsi remonter alors, par focalisation et agrandissement, ces codes à la surface.
 
Comment ton travail est-il reçu par les institutions muséales ?
 
lors de la présentation de montravail au conservateur, il y a trois types d'accueil : carrément enthousiaste, courtois mais indifférent et puis le rejet pur et simple : "vous détournez le propos du peintre!"
En ce qui concerne le premier cas, je pense pouvoir citer cette phrase d'Alain Tapié (conservateur du musée de Caen), qui dit tenir pour "tout à fait fascinantes certaines révélations sur la dynamique de la composition qui nous apparaîssent, grâce à ces dérives de l'image proposées par le photographe".
 
Et en ce qui concerne les institutions photographiques ?
 
Mon travail est présent au sein de certaines institutions : le musée Carnavalet, la B.N., Paris Audiovisuel, le musée Niepce. mais je me pose certaines questions quant à la façon dont mon travail est perçu. En réalité, j'ai eu peu de diffusion autour de ce travail, au regard de ces acquisitions.
 
Comment conçois-tu la mise en place de ton travail à travers un espace ?
 
Jusqu'à présent mes expositions ont été présentées de façon relativement traditionnelle. Si on reparle de la photographie comme art de la fragmentation et du multiple, il est évident que celle-ci ne doit pas rivaliser avec la peintire en tant qu'oeuvre unique, sous l'habillage trop conformiste du cadre ou de la marie-louise.
 
Mais ne penses-tu pas tu te dégages de ce cadre, tu vas alors provoquer une autre lectur de tes photographies ?
 
C'est certain.
 
Et justement, dans le "cadre" du Mois OFF, comment exposeras-tu ton travail ?
 
Eh bien, j'ai donc pensé à une présentation "hors-cadre", qui répond à un concept de "plan-séquence cinématographique", sur support photocopie. d'une part pour libérer la peinture de son statuts d'objet-tableau, la soustraire à son "archéologie", d'autre part pour la réintégrer dans un langage quotidien. C'est une expérience, c'est une tentation ! Comment se sortir de cette image unique, cette ancrée dans la tradition ? Comment s'en sortir ? Dans le cadre du Mois OFF, il me semble qu'il faut jouer ce jeu de l'ouverture.
 
Entretien réalisé par Christophe Galatry et Isabelle Menu en avril 1996


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