Gazette n°2

 

dedans-dehors (Gilles Arnould)

 
La photographie par sa structure même est propice à dégager des notions binaires comme le noir et le blanc, la lumière et l'obscurité, l'ouvert et le fermé et notamment le dehors et le dedans. Le sujet est devat l'apareil : c'est l'instant de la pose. Lors de l'acte photographique et grâce à l'energie de la lumière, l'image est "prise" et vient se plaquer sur le plan film. La communiccation de l'extérieu vers l'intérieur se fait par l'intermédiaire du diaphragme, sorte de vanne qui permet le réglage du flux lumineux , dosant avec précision la quantité de lumière qui imprègne la gélatine sensible. Le diaphragme est un passeur qui transporte le rêve d'une rive à l'autre, de l'extérieur vers l'intérieur. La photographie "Blind woman" faite en 1916 par Paul Strand, permet d'illustrer cette opposition dehors-dedans. Il s'agit du portrait de face, d'une aveugle qui porte devant le panneau où est inscrit "Blind". Son oeil droit est tourné vers le spectateur et l'autre vers l'extérieur. L'écriteau fait un rappel de sa cécité, pour insister que le monde est parfois aveugle à ce qui l'entoure. Cette photographie souligne le monde de l'obsurité, l'intérieur, le rgard intérieur, le dedansqui s'oppose à la lumière, à la vie agitée de New York, au regar que le photographe pose sur cette femme, au regard du spectateur qui comtemple l'image. Cette photo dite pure par son auteur, nous donne une vision dépouillée, directe et documentaire de la souffrance et de la réalité.
Georges Rousse nous présente une photographie toute différente, (plus contemporaine) pour illustrer le propos du dehors-dedans. Rousse Travaille dans des entrepos industriels, dans des ruines, dans des maisons abandonnées. Pour lui, le lieu, l'intérieur est primordial, car c'est un endroit de recueillement, une occasion de s'isoler del'agitation de la vie moderne. Le bâtiment dans lequel il exécute son travail est en projet de démolition, en sursis provisoire avant de glisser vers une inexorable disparition. La présence de l'eau et les traces d'humidité indique un pourrissement certain. L'igloo, peint sur les murs est une maison de lumière, une sorte de mausolée qui trascende la mort. L'escalier montre sa présence par une spirale ascendente qui s'enroule comme un serpent monstrueux. La lumière venant de l'extérieur (le dehors) pénètre dans la pièce en se diffractant sur les vitres brisées. Le clair, le sombre, l'opaque, le transparent s'opposent et se complémentarisent. L'artiste devient philosophe puis géomètre.
Dans certaines vues réalisées la nuit, éclairées seulement par des faisceaux de lampes, Eugen Bavcar superpose son propre visage d'enfant (lorsqu'il avait encore ses yeux qu'il perd à l'age de douze ans), à des paysages. Il trasite dans différents registres de la photoraphie et utilisent surimpressions, poses multiples, résurgences d'images souvenir, interventions. Ses portraits de visages dans la nuit, surpris par la lumière vive, dégagent une impression d'inquiétante étrangeté. Il transgresse habilement les catégories les catégories qui conditionnent tant le regard des voyants. Dans le noir de l'obscurité, Bavcar se promène derrière les ombres, au-delà des ténèbres, traduisant ainsi l'invisible et le visible, l'extérieur et l'intérieur, le dhors et le dedans. Il traduit ses images mentales par cette lumière qu'il sait si bien faire apparaître dans la magie du laboratoire.
La photographie permet de faire transiter le mouvement, le dehors, vers le monde des ténèbres, de la pétrification, le dedans. Ensuite la lumière redevient matérielle par la chimie du processus qui la rend visible au développement. Les êtres apparaissent puis disparaissent, leur ombre s'efface et leur image est condamnée à l'effacement, empreintes dans le sable, traces périssables de notre environement, de nos souvenirs. Ainsi ce n'est plus la terre qui absorbe et efface le passage des hommes, mais le souffle léger du temps qui les enveloppe.
 
Gilles Arnould, juin 1995.


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